banniere

Accueil Qui suis-je ? Fanfictions Fictions originales Fictions en commun

Disclaimer : Ils sont à Tokita/Yadate/Tomino je les emprunte et j'essaye de ne pas les abîmer, en tout cas, ils ne se sont encore jamais plaints.

Genre : Tranche de vie

Rating : K +

Acteurs: Heero, Duo, Quatre, Trowa, Hilde.

Dernière séquelle de « Malade de toi ».


Attends-moi

Chapitre un


Mercredi 19 février AC 260

Duo est assis dans une petite salle où il y a un buffet sur lequel il y a des bouteilles d'eau plate ou pétillante, trône également, un thermos de café, des tasses, un petit pot de lait ainsi qu'un sucrier. Un peu plus loin, un plateau rempli de mignardises.

Ses mains reposent sur la table, de la droite il fait tourner son alliance autour de son index, il soupire régulièrement.

Un homme grisonnant avec une canne finit par venir le trouver et lui poser une main sur l'épaule, il demande en se penchant légèrement :

— Ça va aller ?

— Non, je ne crois pas. Je ne sais pas comment je vais vivre sans lui. Je n'ai jamais imaginé lui survivre, jamais. Quatre, je n'y arriverais pas.

— Qu'est-ce qui s'est passé ? dit-il en s'installant près de lui.

— Tu sais, les derniers temps depuis son AVC, il n'a jamais vraiment repris le goût de vivre, il se sentait diminué, un poids pour moi.

— Je peux le comprendre même si tu ne l'as certainement jamais ressenti comme ça. Ne te sens pas coupable, tu dois lui avoir dit plus d'une fois.

— Oui et j'ai essayé de lui faire comprendre également.

— Il devait encore faire beaucoup de kiné que vous voyagiez moins ? s'informe Winner.

— Non, il n'y prenait plus de plaisir. Les livres audio à deux, ça n'a duré qu'un temps. Là où j'étais heureux, il se rappelait le passé et ne voyait plus que la différence et pas l'amélioration. Sa mémoire lui jouait des tours. Mais je l'aimais et être près de lui était bien suffisant. Tant pis si on ne pouvait plus faire de puzzle ensemble. Cuisiner, c'était bien aussi, le ménage également. Mais lui croyait que c'était pour repasser derrière lui, pallier comme il me le reprochait de plus en plus régulièrement.

— Désolé de te demander ça, mais il s'est suicidé ?

— Non, il a fait une bronchite qui l'épuisait. Il s'est juste laissé mourir et encore je suis persuadé qu'il y a vu un acte d'amour, soupire-t-il en se levant péniblement.

D'un pas las, il se rend dans la pièce d'à côté où trône un cercueil sous des gerbes de fleurs, la sienne, celles de ses amis même une de l'hôpital. Au milieu, une photo d'Heero prise il y a huit ans, ses jolies pattes-d'oie autour de ses yeux bleus qui ressortent plus à cause de sa tignasse blanche. Sa barbe blanche lui encadre le visage, il se rendait chez le barbier pour l'entretenir tous les mois et là il sourit à l'objectif à la naissance du deuxième enfant d'Annie, sa filleule.

Duo vient mettre sa main sur le cercueil et murmure :

— Comment est-ce que je vais vivre sans toi ?

Quatre le regarde. Il doit trouver une solution, sinon c'est sûr, il va enterrer un autre de ses amis dans pas longtemps.

— Tu veux venir vivre avec Dorothy et moi ?

Maxwell se retourne et écarquille les yeux.

— Non, bien sûr que non, je ne vais pas jouer la cinquième roue du carrosse.

— Et chez moi ? demande Trowa qui vient d'arriver.

— Vous êtes gentils, mais non, il va bien falloir que je me relève une fois de plus, même si je n'ai pas envie.

— Qu'est-ce qu'on peut faire pour t'aider ? questionne Winner.

— Je peux passer un moment chez toi, si tu préfères, propose Barton.

Chaque fois que Duo voit son ami, ça lui fait bizarre de constater qu'il a la boule à zéro maintenant. Lui qui se plaignait qu'il en perdait beaucoup, qu'il ne pouvait plus les avoir aussi longs qu'avant, il n'a pas à se plaindre même si sa tresse est ridicule.

— Trowa, reste avec Charlotte, vous êtes un jeune couple, dit Maxwell en revenant vers la petite salle.

Il lui reste deux jours avec l'homme qu'il aime et après il ne sera plus que poussière.

— On a 79ans tous les deux, on n'est pas un jeune couple, raille Barton.

— Tu sais, très bien ce que je veux dire.

— Oui et tu avais raison, j'aurai dû quitter Relena bien plus tôt, au moins même si Charlotte est veuve, je sais qu'elle m'aime et non par dépit.

— Heero n'en pouvait plus de voir débarquer Relena pour proposer son aide, soupire Maxwell.

— Ça n'a pas dû améliorer son état, râle Barton.

— Surtout qu'il le prenait comme une insulte pour lui et pour moi.

Quatre met sa main sur celle de Duo en demandant :

— Tu veux boire quelque chose ?

— Non, j'ai une boule, j'arrive plus à manger, ça va revenir, répond-il.

Un silence s'installe, Trowa se sert un café et en dépose un devant ses amis. Sans le réaliser, Maxwell y trempe ses lèvres, Winner sourit à l'ancien saltimbanque.

— Quatre, tu veux faire quelque chose pour moi ? lâche Duo après cinq grosses minutes de silence.

Les deux autres ne voulant pas briser sa quiétude. Demain, Hilde et Patrick arriveront, ils sont en voyage pour l'instant. Annie viendra seulement pour la crémation, vendredi.

— Bien sûr.

— Quand je meurs, après mon…

— Duo va voir un notaire pour ce genre de formalité. Ce n'est pas que je ne veux pas, mais rien ne dit que je serai encore vivant moi-même, coupe Winner.

— Oui, tu as raison.

— En plus, si c'est dans tes dernières volontés, il faut que ce soit inscrit sinon je n'aurai pas les pleins pouvoirs.

— Heero voulait qu'on disperse ses cendres, tu crois que je peux le faire mettre en columbarium ?

— S'il n'a pas laissé des volontés écrites, oui tu peux. C'est pour ça que je te dis d'aller chez un notaire, précise-t-il.

— Et son appartement ?

— Trowa ! s'indigne Winner.

— Je sais que c'est terre à terre, mais il ne faudrait pas que Duo se retrouver à la rue, expose Barton.

— J'en ai l'usufruit jusqu'à ma mort, après il revient à Annie. Elle en fera ce qu'elle veut. En réalité, il est déjà à Annie, il lui a été donné à la naissance de Boris. Heero ne voulait pas qu'elle doive payer des frais de succession énorme, elle n'est rien pour nous légalement, raconte Maxwell.

— Heero a toujours été prévoyant, sourit Quatre.

Et le silence s'installe à nouveau. Winner s'étonne de ne pas voir arriver d'autres personnes. Il ne faudrait pas que Duo reste seul durant cette douloureuse épreuve. Il va devoir parler avec Trowa qu'au moins un des deux soit là pour leur ami. La maladie d'Heero les a-t-elle tellement isolés ? Il finit de le penser qu'une dame crollée aux cheveux noirs apparaît près du cercueil. Duo se lève directement.

Barton glisse à l'oreille de Quatre :

— La kiné d'Heero.

— Oh ! Charlotte va-t-elle venir aussi ?

— Et Dorothy ?

— Vendredi pour la crémation.

— Charlotte aussi, elle dit qu'elle se sent de trop avant.

— Je ne crois pas, Duo et Heero l'aiment beaucoup.

— On verra pour demain, Quatre, il ne faut pas le laisser seul pour les visites, il a besoin de soutien.

— Je le vois et je le comprends. Je ne sais pas comment je ferai si Dorothy mourait avant moi, soupire-t-il.

— Nous avons les enfants nous, ils n'avaient qu'eux.

— Tu as raison.

Quatre et Trowa arrêtent leur murmure en voyant Duo revenir près d'eux.

— C'est gentil à elle d'être venu, tente Winner.

— Oui.

— Tu crois que tu vas avoir beaucoup de visites ?

— À part vous, An, Hilde. Non, j'ai même hésité à faire des visites, mais c'était plus facile si je voulais être près de lui.

— Il ne voudrait pas te voir aussi abattu, lâche Quatre en le prenant par les épaules.

— Ça aurait été l'inverse, tu crois qu'il aurait été comment ? Soixante-cinq ans de ma vie viennent de partir. Et non, je ne vais pas faire des voyages sans toi, lance Duo en regardant le cercueil.

— Il t'a dit ça ! s'indigne Winner.

— Oui, c'est presque une des dernières phrases qu'il m'a dites. Il n'était pas un boulet. Je l'aimais comme je n'ai jamais aimé. On rêvait de partir ensemble dans un accident de navette, d'avion ou de la route. On n'a jamais imaginé notre vie sans l'autre.

— Duo, tu as besoin que ta vie ait un sens. Tu devrais recommencer tes transports de personnes, ordonne presque Quatre.

— Je ne sais pas, je vais régler mes affaires. Là, immédiatement, j'ai envie d'être sur L2.

— Alors, vas-y, va dans ta maison là-bas, tranche Trowa.

— Mais est-ce qu'Annie va apprécier de m'avoir dans les pattes ?

— Bien sûr, elle t'adore.

Un sourire apparaît sur les lèvres de Maxwell quand il se retourne pour accueillir le nouvel arrivant. An entre dans la pièce et vient serrer son parrain dans ses bras alors qu'il reste assis sur sa chaise en lui disant :

— Je ne te le dirai pas, on va assez te le dire, mais c'est sincère du fond du cœur.

— C'est mes racines là-bas. Tu crois vraiment que je ne vais pas la gêner, insiste Duo.

— J'en suis certain quand je lui ai sonné pour la prévenir, elle se tracassait de te savoir seul ici sans parrain, réplique An.

— Il n'est pas seul ! s'indigne Quatre.

— Vous avez vos vies déjà bien chargées, contredit-il.

— C'est fou ce qu'il peut ressembler à son père quand il est contrarié, lâche Trowa.

— Ne m'insulte pas ! rétorque le plus jeune.

Barton lui sourit, il adore l'asticoter. Maxwell lui passe une main dans le dos pour le calmer.

— Alors, je lui en parlerai vendredi, elle viendra seule ?

— Oui, Bruce surveillera le tout et les enfants ont école. En plus, Laïla est en pleine période d'examen. Boris doit être à l'école pour bien suivre.

— Elle reste la nuit ? s'informe Maxwell.

— Elle n'a pas encore décidé, parrain. Mais, c'est bien que tu aies obtenu l'après-midi, elle ne devra pas prendre une navette de nuit, je n'aurai pas été tranquille.

Un coup sec contre le chambranle et toutes les têtes se retournent.

— Messiers, les visites sont terminées. Vous pourrez revenir demain à quinze heures.

Maxwell se lève et se rend près du cercueil, il y dépose la main. Son calvaire recommence, seul, une nouvelle nuit, hantée par des cauchemars qui vont le poursuivre jusqu'à la fin de sa vie. An vient se mettre à côté de lui et lui passe une main sur l'épaule.

— À demain tonton. Viens parrain, il n'y a plus que nous. Quatre et Trowa sont déjà partis. Viens, on va souper au Mirliton.

— Maman t'a dit de t'occuper de moi ? sourit-il tristement.

— Même pas, dès que j'ai su, j'ai pris plusieurs jours de congé. Tu veux que je dorme chez toi ?

— Non mon grand, ça va aller. Pour le Mirliton, je n'ai pas très faim. Ce serait du gaspillage. Merci, madame, à demain, dit Duo en passant près du croque-mort.

Cette dernière incline la tête et rentre dans la pièce pour faire un signe de croix devant le cercueil et souffle la bougie.

— Pourtant, tu dois manger même un peu, insiste An devant le funérarium.

— Je me ferai une tartine, ne te tracasse pas.

— OK alors, je rentre à mon hôtel, sourit-il.

Maxwell prend la voiture et conduit jusqu'à l'appartement d'Heero. C'est drôle comme malgré les années, c'est resté celui de son mari. Il ne s'y est jamais vraiment senti chez lui, bien que son mobilier y soit. Que va en faire Annie ? Il secoue la tête, ce n'est pas son problème. Il va rentrer chez lui, une fois qu'il aura tout réglé ici.

Arrivé devant la porte, il sourit, il y a comme hier un repas à réchauffer. Certainement de la part de la jeune voisine dont Heero gardait le bébé jusqu'à son entrée à l'école. En réalité, ç'a toujours été son seul plaisir, être près des enfants, il adorait ça. Il l'aura privé de cette joie. Heero peut dire ce qu'il voulait, il aurait fait un papa formidable.

Il ramasse la lasagne maison et va la mettre dans le four, il sort du congélateur deux tranches de pain. D'un pas lent, il va dans sa chambre pour ôter son costume et le remettre sur le cintre. Il regarde celui qui pend sur la porte. Il n'est jamais rentré dedans malgré ses efforts pour perdre son ventre. Il le donnera avec les vêtements de son homme.

Et pourquoi aller sur L2 ? Qu'est-ce qu'il va y faire ? Il n'a pas de vie ici ou ailleurs. Pourquoi Heero n'a pas lutté pour rester avec lui ? Et puis il s'en veut de son égoïsme.

Demain, il doit contacter un notaire, il veut mettre ses affaires en ordre également. Il ne sait pas combien de temps la vie va lui laisser. C'est bien la première fois qu'il n'a pas envie de se battre, la liste des voyages c'est avec Heero qu'il voulait la faire surtout pour lui. Reprendre l'aide aux personnes, il ne sait pas s'il a envie de retourner sur des lieux où il va chercher son compagnon partout des yeux. Oui, L2 reste le mieux.

Mon Dieu, il a oublié de prévenir Aménia. Il se précipite dans son espace bureau et cherche son carnet d'adresses, il sait qu'elle est encore bonne, ils continuent d'envoyer une carte à Noël et elle y répond, mais le numéro de téléphone, il l'espère. Il le compose, elle décroche à la troisième sonnerie.

— Allô !

— Aménia ?

— Oui, à qui ai-je l'honneur ?

Ça le fait sourire, elle est loin la gamine de L2, mais c'est vrai qu'elle est aussi secrétaire dans une entreprise maintenant.

— C'est Duo Maxwell.

— Oh, bonsoir, tout va bien ?

Il entend directement un peu de panique dans sa voix.

— Je te sonne pour t'annoncer le décès d'Heero. Il sera incinéré vendredi après-midi. Est-ce que tu veux que je l'envoie l'argent pour la navette ?

— J'aurai aimé, mais je ne peux plus poser de congés, mon fils a été malade et mon patron a une réunion importante vendredi. J'irai brûler une bougie en sortant du travail jeudi et vendredi en priant pour lui. Toutes mes condoléances. Il va me manquer et certainement à vous beaucoup.

— Merci, Aménia, oui c'est vide ici.

— Merci de m'avoir prévenue.

Et elle raccroche. L2 un jour, L2 toujours ne peut-il que penser. L'odeur de la lasagne le sort de sa mélancolie. Il doit manger.

C'est après le repas que ça devient très difficile pour Duo. Ne pas retrouver son homme dans le divan pour discuter avec lui, écouter de la musique ou des livres audio par petits morceaux, c'est vrai qu'il devait souvent rendre des explications, Heero oubliant l'intrigue ou certains personnages.

Alors plutôt que de se morfondre, autant préparer son départ et trier ce qu'il veut garder et emmener avec lui. Il ne reviendra plus, il le sait.

Il envoie un mail au notaire pour qu'il prépare sa succession avec tout ce qu'il veut dans le document et pouvoir régler les frais mortuaires qui iront avec ses dernières volontés. Puis, comme s'il était pris d'une frénésie, il passe de pièce en pièce et ôte des murs ce qu'il veut ramener sur L2. Son Titanic, certains puzzles faits à deux. Bien sûr les petits Gundams, il emballe le tout convenablement dans certains habits qu'il glisse à l'intérieur de la grande malle qui sert de coffre à l'entrée. Il la fera livrer quand Annie l'autorisera à venir. Il veut lui demander la permission même si la maison dans l'enclos est bien à lui. Cela avait été bien spécifié dans les actes de vente du commerce, car il va toujours passer par le magasin pour sortir.

Si elle dit non, qu'est-ce qu'il fait ? Cette constatation dans son regain de vie l'anéantit. Il s'en rend compte pour surmonter son deuil, il doit fuir cet appartement. Cette fois, il comprend la réaction d'Heero qui ne voulait pas rester sur L2 pour faire fonctionner son entreprise s'il décédait de son cancer. Il aura mis le temps à ressentir l'état d'angoisse qui a été une partie de la vie de son amant, le pourquoi du comment de son AVC, il y a quatorze ans.

Si elle lui dit non, il fera construire une sortie dans l'enceinte de la décharge ou il payera un boîtier électronique sur les grilles extérieures. Il trouvera une solution pour avoir sa sortie privée. Rassuré, il reprend son travail, c'est épuisé qu'il se met au lit.

C'est couvert de sueur qu'il se réveille trois heures plus tard. Le reste de sa vie va être longue sans la présence rassurante de son aimé. Comment les cauchemars de son adolescence ont pu refaire surface aussi vite et aussi fort. Au moins, il ne gênera plus personne en gesticulant.

Il se rendort péniblement.

À suivre…

Accueil - Chap 2

Si ça vous a plu, il y a l'option

vous pouvez m'envoyer un MP