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Début d’écriture 22/01/2020.

Occupe-toi de moi 2

Aux petites heures, Gérard se lève pour déjeuner, il prépare une collation pour lui et sa bande. Beaucoup n’ont pas les moyens de manger à leur faim. Au début, il ne réclamait jamais sa part du butin, se sachant privilégié. Mais devant la méfiance, il l’avait accepté et en profitait pour faire des courses pour tout le monde. Il avait commencé à fumer aussi comme tous les hommes et puis c’était un moment de convivialité, son père fumait bien la pipe pour se relaxer le soir.

Sa besace scolaire transformée en garde-manger, Gérard s’en va à l’heure où il part à l’école. Maria arrivera peu avant midi pour faire le ménage, les courses et la cuisine. Il est heureux de retrouver ses amis et pouvoir passer une nouvelle journée près d’eux, rire, parler du futur, de l’argent qu’ils ont récupéré du dernier coup. C’est vrai qu’il pourrait partir plus tard. Seulement, aujourd’hui, il n’a pas entendu sortir son père de sa chambre, il doit toujours dormir, il n’a pas envie de tomber sur lui.

Arrivé dans le cabanon, il cache sa besace dans un coin froid et il attend ses potes qui ne tardent pas à venir au compte-gouttes. Marcel, le plus vieux, le chef de la bande, Pierrot son cousin et Paul un jeune comme lui qui fuit son milieu familial.

Ils fument, ils parlent de leur soirée, des coups qu’ils ont évités. Ils discutent de la mère de Paul qui rentre saoul tous les soirs de son travail au bistrot et que le père bat parce qu’elle boit sa paie. Gérard a raconté que sa mère était morte et que son père travaille tellement pour oublier qu’il ne le voit jamais. Depuis, on ne lui demande plus comment s’est passée sa soirée. Marcel et Pierrot estiment que c’est mieux que les coups, Paul que c’est bien triste qu’ils ne se consolent pas ensemble, si sa mère n’était pas là, il ne rentrerait plus chez lui.

Aujourd’hui, c’est jour du marché, le meilleur endroit pour voler et faire les poches. Sur le coup de neuf heures trente, ils se mettent en mouvement par groupe de deux. Ils circulent entre les échoppes, repèrent les ménagères qui ne font pas attention à leur portefeuille pour le voler, c’est facile. Ils tendent la main et s’en vont pendant qu’elles remplissent leur panier à provisions.

Gravier avait composé une équipe, il ne le faisait pas de gaieté de cœur, mais le juge Brica avait raison, où va le monde si on n’arrête que les criminels qu’on ne connaît pas. Pour son état d’esprit, Gravier et un autre policier en civil suivent Marcel et Paul, tandis que l’autre équipe se met en chasse derrière Gérard et Pierrot. Il ne faut pas une demi-heure pour que le premier flagrant délit soit constaté par Gravier. Il pose sa main sur l’épaule de Marcel pendant que son collègue se charge du jeune Paul qui tremble comme une feuille.

Gravier fait les poches du chef de la bande et retrouve rapidement le portefeuille qu’il rend à sa propriétaire. Il entraîne ses coupables vers le commissariat et voit que l’autre équipe a aussi arrêté Gérard et son complice. Ils sont tous les quatre dans leurs petits souliers. Gérard peut-être encore plus que les autres en reconnaissants Graviers qui est déjà venu plus d’une fois à la maison.

— Vous avez déjà pris les noms ? demande-t-il.

— Oui, Gérard Brica et Pierrot Chandelle. Nous avons les adresses également, réplique le jeune officier.

— Chandelle ? Comme le voleur du quai du Louvre ? interroge Gravier.

— Oui, c’est mon père, il n’a droit à rien en prison. Ce n’est pas avec le salaire de misère de ma mère qu’on va s’en sortir, clame l’adolescent.

— Tu as l’âge de travailler si tu veux aider ta mère. Voler, c’est la facilité, rétorque Gravier.

Il se tourne vers Gérard et lui fait signe de se lever. Tout de suite, Pierrot s’interpose :

— Qu’est-ce que vous lui voulez ? C’est son petit cul bien propre qui vous intéresse ?

Gérard écarquille les yeux, choqué par les propos et les insinuations de son camarade.

— Tu veux que j’ajoute insulte à agent en fonction à ton dossier. Brica avec moi, ordonne Gravier.

L’adolescent se lève pour le suivre en jetant un coup d’œil désespéré à ses copains.

— Explique-moi ce que tu fais avec une bande pareille ? demande l’inspecteur une fois la porte fermée.

Devant son mutisme, Gravier expulse l’air de ses poumons.

— J’ai vu ton père hier, il m’a dit de ne pas faire de préférences, que si tu étais coupable, tu devais payer.

Les yeux de Gérard se remplissent de larmes. Ainsi son père est au courant et il a discuté avec son ami plutôt qu’avec lui. Il n’a réellement aucune importance pour son père. Et bien lui entachera la réputation du bon vieux juge que tout le monde dit si miséricordieux.

— Au moins dans la bande, on s’occupe de moi, je peux parler avec des gens, je ne suis pas tout seul à longueur de temps. Alors, oui, je suis coupable d’avoir traîné avec eux. Oui, je suis coupable d’avoir agi comme eux pour rester avec eux. Oui, j’ai accepté ma part du butin et j’achetais de la nourriture, du tabac pour nous quatre. Ils sont ma famille, celle que j’ai choisie, celle qui me protège et se met en danger pour moi, vous l’avez bien vu. Pierrot ne savait pas qu’on se connaissait, mais il était prêt à défendre mon honneur, prendre des coups pour moi.

Après sa tirade, Gérard respire rapidement, surpris lui-même par la haine qu’il vient de ressentir pour son père.

— Si c’est ce que tu ressens, il serait bien que tu le dises aussi à ton père, Gérard.

— Il n’en a rien à faire de moi. Hier, il a passé la soirée avec Maître Courtois alors que vous lui aviez parlé. Ce n’est pas l’attitude d’un père.

— C’est l’attitude d’un juge, s’offusque le policier.

— Son travail ne s’arrête jamais, vous vous occupez de vos dossiers quand vous rentrez chez vous, inspecteur Gravier ?

— Ton cas m’a perturbé en soirée, je l’avoue et un peu la nuit.

— Ça vous arrive souvent ?

— Non, avoue-t-il.

— Savez-vous ne nombre de fois que je vois mon père en soirée sur une semaine ? Deux, c’est le grand maximum. Son dimanche, il le passe enfermé dans son bureau à étudier des dossiers.

— Ce n’est pas une raison pour glisser dans la délinquance !

— Et si c’était le seul moyen que j’aie trouvé pour qu’il s’intéresse à moi ?

— Gérard ! s’indigne Gravier.

— De toute façon, je suis coupable, j’irai dans ces prisons pour jeunes et mon père sera débarrassé de moi.

— Je ne crois pas que ce soit ce qu’il souhaite. Il souffre aussi du décès de sa femme, c’est si récent.

— Et c’était ma mère ! hurle Gérard.

— Je crois qu’il l’a oublié. Tu vas retrouver les autres, je vais faire mon rapport.

— Vous savez Paul aussi n’a pas facile, sa mère est une ivrogne et son père les tape tous les deux. Il vole pour nourrir ses petits frères.

— Je le noterai, mais il est en âge de se mettre en apprentissage. Le vol n’est jamais une solution.

— Merci inspecteur Gravier. Cela fait du bien de voir quelqu’un s’intéresser un peu à vous.

Dès qu’il retrouve ses comparses, ceux-ci l’interrogent :

— Qu’est-ce que tu lui as dit ? demande Pierrot.

— Tu n’as pas donné le lieu de la cache ? questionne Marcel.

— Je n’ai rien dit de compromettant ni le lieu de la cache. Il voulait savoir pourquoi je n’étais pas à l’école, pour quoi je volais alors que j’ai l’air de ne manquer de rien.

— Ouais moi aussi, ça m’a toujours tracassé ! lâche Marcel.

— Parce que je m’ennuie à l’école et que je me sens bien près de vous. D’accord, je n’ai besoin de rien, c’est pour ça que je ne voulais pas ma part au début. J’avais juste besoin d’attention avec un père qui travaille de trop pour savoir que j’existe.

— Je voudrais que ma mère ne sache pas que j’existe, lâche Paul en touchant sa joue tuméfiée.

La porte s’ouvre à nouveau sur l’inspecteur Gravier après une attente d’une grosse demi-heure.

— Pierrot Chandelle, Marcel Pistou, on va vous transférer à la maison d’arrêt de la province, dit-il.

— Et eux, demande Marcel en se levant.

— À la maison de correction du droit chemin, rétorque le policier. Ils ne sont pas considérés comme adultes pour la loi, vous bien.

— Comme ça ! sans passer devant le juge ! s’indigne Gérard.

— Il a vu vos dossiers, il a tranché. Dans quinze jours, il vous recevra. À vous de lui prouver que vous avez compris la leçon et rentrer dans le droit chemin.

— Qui va s’occuper de mes petits frères, s’insurge Paul.

— Il fallait y réfléchir avant.

— S’ils meurent, ça sera de votre faute, crie Paul, les yeux remplis de larmes.

— On peut les faire placer aussi, s’alarme Gravier devant la détresse du jeune.

— Oui, s’il vous plaît, trouvez une solution, supplie Paul.

Gravier se dit que celui-là est certainement récupérable, il a un bon fond et oui il a été poussé à la délinquance pour de bonnes raisons, si on peut un jour trouver une bonne raison au vol. Gérard ne s’était pas trompé en lui en parlant. Le juge Brica a déjà commencé des démarches pour soustraire les deux enfants à la famille. Il n’a pas compris pourquoi il ne voulait pas voir son fils maintenant, mais il doit en avoir une raison vu la tristesse qui a traversé le regard bleu.

— On va passer par chez nous pour prendre des affaires ? demande Paul.

— Tout est fourni sur place.

Les jeunes se séparent en deux groupes, Marcel et Pierrot viennent serrer la main des plus jeunes en disant :

— Bonne chance.

— Pourtant, je crois que c’est eux qui en ont le plus besoin, soupire Gérard.

Cinq minutes plus tard, un policier en uniforme entre dans la pièce pour emmener les deux plus jeunes, il les fait monter dans une grosse camionnette pour les conduire en dehors de la ville. Paul écarquille les yeux devant toute cette verdure comme si c’était la première fois qu’il en voyait, ce qui est possible réalise Gérard. Il n’a sûrement jamais passé un week-end à la campagne en famille.

Le voyage dure facilement une heure, ils sont au milieu d’une forêt, une seule route pour y arriver, aucune habitation. La camionnette s’arrête et les policiers les font descendre. Ils se retrouvent dans une cour où rapidement un groupe d’enfants entre huit et quinze ans se rassemble venant de plusieurs coins de la propriété.

Un éducateur apparaît du bâtiment qui se dresse devant eux. L'établissement ressemble à s’y méprendre à une école. Sur le côté, il y a un jardin potager, à côté un poulailler où on voit un coq et cinq poules picorer, un peu plus loin des clapiers remplit de lapins. Dès que l’éducateur est près d’eux, les policiers repartent.

— Voilà votre chez vous pour au moins quinze jours, c’est la complète autarcie, si tu ne participes pas, tu ne manges pas. Si tu ne vas pas à l’école, tu ne peux pas faire les autres tâches. Un dortoir porte la responsabilité de ses membres. Un est puni, le reste du groupe l’est également.

Gérard lève la main.

— Déjà des questions ? ironise l’éducateur.

— Combien par dortoir ?

— Six maximum.

Gérard frissonne légèrement, lui qui a toujours été seul dans sa chambre, ça va lui faire un changement.

— Bon suivez-moi, on commence par la douche et changer vos vêtements, après je vous montrerai votre dortoir.

Arrivés dans une pièce, ils doivent se déshabiller complètement. L’éducateur commence par leur raser les cheveux pour ne laisser qu’un demi-centimètre sur le crâne pour éviter les poux a-t-il dit. Leurs affaires personnelles sont mises dans un sac avec leur nom dessus.

Pour Gérard, un nouveau choc, les douches sont une immense pièce avec des pommeaux au plafond à intervalle régulier. Il ne peut pas choisir la température ni le temps, c’est l’éducateur qui ouvre le robinet et le ferme tant pis si tu as encore du savon sur toi. Il est déjà honteux de se trouver dans le plus simple appareil devant Paul, qu’est-ce que ça sera quand ils seront une vingtaine ?

Une fois lavé et en sous-vêtements, ils doivent passer devant un médecin qui ouvre un dossier en leur nom, la taille, le poids, caractéristiques sont notées. Pour Paul, il y a toutes les marques de coups qu’il a sur le corps ainsi que les cicatrices.

— Est-ce que je pourrais avoir des nouvelles de mes petits frères ? Le juge doit aussi les faire placer.

Le regard presque noir du docteur le sonde.

— S’il vous plaît ? Je ne veux pas qu’ils leur arrivent ce que j’ai vécu.

— Ils risquent peut-être moins, ce sont tes demi-frères d’après ton dossier.

— Les coups viennent des deux. J’en ai ramassé à leur place, s’il vous plaît !

— Je me renseignerai

— Merci, dit-il en joignant les mains.

Une fois qu’ils sont tous les deux sortis du cabinet, habillé de la tenue en toile de jute brun foncé des jeunes du droit chemin, l’éducateur les guide vers le dortoir E. Sur leur lit, il y a quatre tenues, des sous-vêtements et deux pyjamas en tissus lignés bruns et bleu.

— À part les repas qui sont préparés par un cuistot, c’est à vous de tout faire. On a ajouté vos noms au planning de cette semaine. Vous travaillerez en binôme avec un ancien durant trois jours, le temps de vous habituer. Votre chef de dortoir, c’est Lafaille, si un fait une bêtise, tout le dortoir paie, c’est clair ?

— Oui, dirent-ils ensemble.

— Il est seize heures, ils sont en classe encore pendant une demi-heure, le temps pour vous de ranger vos affaires et faire vos lits. Vous devez être de retour dans la cour pour seize heures trente pour l’appel qui a lieu quatre fois par jour. Le règlement est affiché sur la porte de votre dortoir.

Gérard regarde par là, il ne l’a pas vu en entrant. Il va lui demander où il se trouve que l’éducateur le devance.

— Porte intérieure, ça ne sert à rien sur l’extérieur, ça donnerait une excuse supplémentaire d’enfreindre les lois.

Sur ces derniers mots, l’éducateur s’en va. Gérard se dépêche de se rendre près des lits vides.

— Lequel veux-tu Paul ?

— Celui près de la fenêtre merci.

— On se dépêche de faire les lits. Je voudrais lire le règlement, je ne tiens pas à rester ici après quinze jours.

— Si mes frères sont en sécurité, je le suis aussi, ça ne me gêne pas. Au moins, j’aurai trois repas par jour, sourit-il.

— Moi, j’espère que tout ça ouvre les yeux de mon père, qu’on puisse repartir sur de bonnes bases.

— Je te le souhaite.

Sur la porte, ils lisent qu’ils doivent être debout à six heures trente, les lits doivent être faits sinon pas de petits déjeuners à sept heures trente. Chaque dortoir a une corvée qui change de semaine en semaine. Ils doivent être lavés le vendredi après-midi. Il y a trois heures de cours le matin, et trois heures de cours l’après-midi. Dans les corvées, il y a l’entretien du potager, aider le cuisinier, entretien des animaux, nettoyage des communs, les classes sont entretenues par eux aussi.

— On ne va pas chômer, réalise Gérard.

— J’en faisais presque autant à la maison. J’espère vraiment que mes frères vont être placés, soupire Paul.

— Fais confiance au juge.

À suivre

Chap 1 - Chap 3

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