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Début d'écriture le 11/01/2020

Merci à Ed_arty de m'avoir permis d'utiliser son idée

Le meurtre au générateur.

Après sa journée de travail dans les entreprises de sa femme, Joackim Sellers, quarante ans, s'arrête à l'entrée de la propriété. C'est ici qu'il vit avec sa famille et sa belle-mère depuis qu'elle est veuve.

Il aime ce qu'il voit, le petit château de vingt pièces, les deux tourelles sur le devant qui lui donne de l'allure, surtout avec le lierre grimpant dessus. Sur la gauche, il y a la piscine de vingt-cinq mètres et une belle terrasse pour en profiter.

Dire qu'il y a neuf ans, il avait failli refuser l'offre de la Baronne De Montegnée qui ne voulait pas y vivre seule après le décès de son mari.

Joackim n'était pas de la haute, il avait rencontré la fille unique de la Baronne pendant ses études commerciales. Quand ils avaient commencé à se fréquenter, il ne se doutait pas des origines de sa copine. Encore moins qu'elle était la fille d'une des plus grosses fortunes de Belgique, réalisée sur la sidérurgie quand tout allait bien par le monde.

Son beau-père avait su se recycler avant que tout périclite et il avait obtenu plus de profit encore grâce à sa société d'électricités. Il avait su revendre tous ses contrats sidérurgiques dans des pays où la main d'œuvre est moins chère. Il avait eu le nez fin et misé sur l'électricité verte avant tout le monde.

C'était son travail maintenant de gérer tout ça depuis que Gabrielle, son épouse, restait à la maison pour s'occuper de leurs trois enfants et de sa mère dans un coma profond.

Deux ans qu'elle était chez eux aux bons soins de sa fille et d'une équipe de professionnels qui se relayaient pour certains traitements. Quatre ans de coma dû à une chute dans les escaliers. C'était Joëlle, la bonne d'enfants, qui l'avait trouvée quand elle avait ramené Suzanne et Théodore de l'école, comme tous les jours.

Il avait engagé Joëlle pour permettre à Gabrielle de travailler après la naissance de Suzanne, il y a dix ans. Son service avait diminué pour ne plus être : chercher les enfants et préparer le souper à l'entrée de la maternelle pour Théodore, il y a cinq ans. Elle revenait de façon plus régulière durant les vacances scolaires, si aucun des deux ne prenait des congés à ce moment-là. Nancy était née bien plus tard quand Gabrielle avait décidé de se consacrer à sa famille et surtout sa mère. La petite vient d'avoir dix-huit mois.

Joackim appuie sur la télécommande pour ouvrir la grille, il repasse la première. Sur le perron arrière près du garage, Suzanne joue sur la balançoire installée pour les enfants. Il y a une cabane, un toboggan et même un bac à sable recouvrable pour éviter les excréments des animaux sauvages et chats des voisins. À dix ans, la gamine a le droit de jouer là pendant que sa mère finit la préparation du repas.

Il va être dix-neuf heures, il arrive juste pour mettre ses pieds sous la table. Sa femme a toujours été un cordon bleu, c'est agréable également de pouvoir entendre les enfants raconter leur journée.

Alors qu'il range sa Mercedes dans le garage, Suzanne vient à lui tout sourire.

— Tu sais, Mamie va peut-être sortir du coma, dit-elle en guise de bonjour.

— Suzanne, je sais bien que tu aimerais une grand-mère comme tes copines. Mais c'est la vie. Tu sais bien que ma mère est morte d'un cancer quand j'avais quinze ans et celle de maman ne sortira pas du coma.

— Si, l'EEG a montré des signes de stimulation cette fois, affirme-t-elle.

C'est vrai que les termes médicaux n'avaient plus de secrets pour elle et son frère, tellement ils étaient présents dans leurs vies.

— Oh, voilà une bonne nouvelle, dit-il.

Il sort son attaché-case et ferme le garage, sa fille trottant et sautillant à côté de lui, lui racontant sa journée.

— Va te laver les mains, on va passer à table, clame Gabrielle en les voyant entrer.

— Oui, maman.

— Suzanne te l'a dit ?

— Oui, je suis si heureux pour toi.

Il vient enlacer sa femme et l'embrasser, ce qui fait glousser Théodore qui entre dans la cuisine pour mettre la table, c'est sa semaine de corvée.

Une fois que son mari la lâche, elle retourne à ses fourneaux. Joackim va voir la petite Nancy pour la mettre dans sa chaise haute à table, il a une belle famille, il en est fier.

Le repas se passe en discussion, les enfants racontant leur journée scolaire. Même si le week-end se profile à l'horizon, le père demande quand toutes les assiettes sont vides.

— Vous avez fini vos devoirs ?

— Oui, papa, dirent-ils en même temps.

Même Nancy ce qui fait rire tout le monde.

— Bien, je vais venir vérifier et après à la douche.

Chacun prend ses affaires pour les mettre dans le lave-vaisselle. Joackim dépose sa plus jeune sur le sol qu'elle repart jouer en attendant que Gabrielle débarrasse les plats. Cette dernière lui donnera son bain avant de la mettre au lit.

Joackim monte à l'étage avec les deux grands. Ils rentrent tous les trois dans la chambre de la Baronne pour lui dire bonsoir.

— Mamie, on va à la douche. On a bien mangé, c'étaient des carbonnades flamandes avec du riz, commence Suzanne.

— C'était délicieux, surenchérit Théodore. Après la douche, on vient te dire bonne nuit.

Seul l'extracteur de CO2 leur répond. Est-ce toute cette agitation constante qui lui stimule le cerveau ?

Une infirmière viendra demain matin pour sa toilette, c'est Gabrielle qui nourrit sa mère avec une sonde quatre fois par jour en lui parlant tendrement.

À force d'être couchée et la suite de ses côtes cassées dans sa chute, les poumons peinaient de plus en plus à faire leur usage si on ne les aidait pas, elle bleuissait et finissait par suffoquer.

Ils avaient opté pour cette hospitalisation à domicile, car ils en avaient les moyens financiers et surtout pour libérer de la place dans l'hôpital. C'était inutile de la laisser là-bas alors qu'elle ne nécessitait pas de gros besoins médicaux. Un kinésithérapeute était passé au début pour leur montrer comment maintenir le tonus des muscles. Il passait encore une fois la semaine. Eux réalisaient les autres exercices tous les jours pour garder la souplesse.

C'est vrai que leur vie tournait autour de la Baronne, plus de vacances, plus de petits week-ends en amoureux, de temps en temps, un restaurant à deux, mais c'était très rare.

Gabrielle laissait sa mère seule durant les trajets scolaires qui lui prenait une grosse demi-heure. Quand elle faisait des courses également, même si elle préférait aller quand son mari restait à la maison. On ne sait jamais ce qui peut arriver, c'était la rengaine de Gabrielle depuis qu'ils avaient pris cette décision avec l'équipe médicale. Il n'y avait rien à faire à part attendre qu'elle sorte du coma ou qu'elle meurt.

Ils ressortent de la chambre. Joackim se tourne vers sa fille et lui dit.

— Montre-moi tes devoirs, et Théodore à la douche.

Les enfants s'éparpillent. Joackim attend près du bureau de sa fille, il jette un coup d'œil au journal de classe, fait réciter sa leçon à la gamine. Il la félicite chaleureusement et part vers la chambre de son fils.

Il attend que celui-ci ressorte de sa salle de bain en pyjama pour regarder avec lui sa journée scolaire.

Suzanne arrive après une quinzaine de minutes en chemise de nuit et peignoir dans la chambre de son frère. Ils peuvent aller souhaiter une bonne nuit à leur grand-mère. Le père et le fils retournent dans la chambre de Théodore pendant que Suzanne va dans la sienne.

Joackim prend le livre pour lui lire une histoire. Il aime consacrer cet instant à son enfant. Après l'avoir bordé, il se rend à la porte, il diminue l'intensité de la lampe.

— Maman arrive pour te dire bonne nuit, dit-il.

Il sourit à sa femme qui sort de la chambre de Nancy où elle vient de coucher la petite fille. Ils s'embrassent rapidement quand ils se croisent dans le couloir. Il entre dans la pièce pour donner un baiser à son bébé avant de se rendre dans la chambre de son aînée pour la coucher.

Dans la chambre de Suzanne, il prend l'ouvrage « les quatre filles du docteur March », chacun lit une page et ils font ainsi quatre pages.

— Je peux lire un peu « le monde d'Ewilan » ?

— Bien sûr, tu coupes à vingt heures trente.

Il n'a plus qu'à attendre sa femme pour passer une soirée en amoureux, ils veulent en profiter, bientôt Suzanne se couchera plus tard, fini leur petit câlin devant la télévision.

N'empêche que ça le tracassait de savoir que sa belle-mère sortait du coma. De quoi se souviendrait-elle ? Il ne pouvait pas prendre ce risque. Il allait devoir réfléchir à ce problème. Bien sûr, il fallait que ça ait l'air d'un accident comme sa chute dans les escaliers. Il remerciait le ciel qu'elle ne soit pas décédée à ce moment-là. Il ne savait pas qu'une autopsie aurait pu déterminer qu'elle y avait été poussée.

Bras dessus, bras dessous, il redescend les escaliers avec sa femme. Oui, il ne prendrait pas le risque de perdre tout ce qu'il avait acquis. Il avait fini par apprécier le luxe et l'argent qui allait avec sa position dans la société.

µµµ

Durant ses heures de bureau, quand il ne doit pas relire les devis de placement de ses ouvriers, que les camionnettes ne sont pas utilisées à des fins privées. Et pour ça, bravo les petits espions GPS placés sous les capots. Joackim se creuse la tête sur des idées pour supprimer sa belle-mère.

C'est une panne de courant dans le secteur de l'hôpital qui lui donne la solution. Il avait dû envoyer rapidement des équipes travailler sur la borne déficiente. Le groupe électrogène de l'hôpital ne pouvait pas donner assez de courant pour ses besoins, juste l'aile réanimation, le bloc opératoire, la section prématurée et bien sûr un éclairage minimum des couloirs.

Et s'il déclenchait une coupure de courant longue et conséquente dans le secteur de son habitation, il priverait sa belle-mère de son extracteur de CO2. Seulement, eux aussi, on un générateur de secours sur cet appareil. Il faudra qu'il s'occupe d'abord de le rendre inefficace. Cela c'est facile, il suffit d'ôter un fil à l'allumage automatique qui s'enclenche quand il n'est plus alimenté en courant électrique.

L'occasion rêvée de mener son plan à exécution se présente la semaine suivante quand Gabrielle lui demande de rester à la maison pendant qu'elle va faire des courses avec les enfants pour leur acheter de nouveaux vêtements. Ils ont tellement grandi qu'ils ne rentrent plus dans leurs habits d'hiver de l'année dernière. Il faut aussi des souliers à Nancy qui ne peut pas mettre ceux de sa sœur au même âge. Et puis de temps en temps, elle peut aussi avoir des affaires neuves, pas toujours celles de Suzanne.

Après avoir secoué la main sur le perron, Joackim se rend dans son bureau, il allume l'ordinateur. Il ne tient pas à faire d'erreur. Il regarde le fonctionnement du générateur qu'ils ont. Ses années à bricoler le moteur de sa mobylette et d'autres véhicules vont lui être utiles. Il trouve tous les renseignements dont il a besoin ainsi qu'une vue éclatée. Il aurait pu aussi vider le réservoir d'essence, mais ça risque d'être louche. Il ne veut surtout pas qu'on puisse remonter à lui. Une fois le forfait accompli, il n'aura plus qu'à tout rebrancher comme il faut et ni vu ni connu.

Il regarde l'heure, il y a seulement trente minutes que sa femme est partie, il a tout le temps de s'y mettre. Il se rend dans la chambre de sa belle-mère, lui parle de la pluie et du beau temps comme à son habitude, tout en trafiquant le générateur.

Il sort ravi et lui dit au revoir comme les autres fois. Maintenant, il doit regarder l'agenda de sa femme pour savoir quand il peut accomplir l'acte qui ne détruira pas son couple. Si jamais, cette mégère racontait tout à sa fille, terminé sa petite vie tranquille, fini l'argent coulant à flots. Il n'a pas envie de devoir à nouveau gratter les fonds de tiroirs pour manger, retourner vivre en ville. Il aurait son CV pour l'aider à se relancer, mais tout de même. Il aime beaucoup Gabrielle, il adore ses enfants, c'est de ne plus pouvoir les voir grandir tous les jours qui lui seraient le plus pénible.

Dans la cuisine, il voit le planning de son épouse et des enfants inscrit sur le calendrier à cinq colonnes. Une par membre de la famille. Dans la sienne, il note toujours ses réunions importantes et les jours où il rentre plus tard.

Un sourire machiavélique se fait, il n'avait jamais réalisé que sa belle-mère restait seule pendant trois heures tous les mercredis, Gabrielle courant entre la sortie de l'école et les activités extrascolaires des deux grands. Sur le calendrier, il est mis qu'elle s'en va à onze heures trente, qu'elle mange en ville avec les trois enfants. Suzanne a son cours d'équitation à treize heures, Théodore commence l'entraînement de football à treize heures trente. Il voit qu'elle a mis retour à la maison pour quinze heures. Il faudra qu'il lui demande ce qu'elle fait pendant tout ce temps. Non, s'il demandait, elle pourrait trouver ça bizarre.

Il n'y a pas si longtemps que sa femme laisse sa mère toute seule durant le mercredi après-midi, c'est vrai qu'ils en ont discuté à la reprise des activités des enfants. Au début, c'était une voisine qui venait, une ancienne infirmière, mais depuis son décès, ils n'ont pas repris quelqu'un n'ayant personne dans l'entourage proche pour le faire.

Joackim admet que son choix est cruel pour son épouse qui va trouver sa mère morte, elle ne sera sûrement pas belle à voir, mais sa tranquillité d'esprit est à ce prix.

À Suivre…

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