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Début d'écriture le 11/01/2020

Merci à Ed_art de m'avoir permis d'utiliser son idée


Le meurtre au générateur.
chapitre 2


Mercredi peu avant midi, il prévient son équipe qu'il part faire une inspection. Ça lui arrive fréquemment, personne ne s'émeut de cela. Arrivé à la borne qui alimente le secteur de son domicile, il l'ouvre, il hésite une fraction de seconde. Penser à tout ce qu'il devait faire était facile, repousser sa belle-mère dans les escaliers cela avait été un acte impulsif. Peut-être moins de l'abandonner à son triste sort. Est-ce qu'il ne va pas mettre en danger d'autres vies ? Même animales ? Il y a beaucoup de fermiers dans le coin.

Il doit le faire, advienne que pourra, mais pas débrancher un fil comme il avait pensé, ça ne ferait pas acte malveillant et trop facilement réparable. Il réfléchit, il ne va pas tout repousser d'une semaine. Il a de l'essence pour la tondeuse dans le coffre de sa voiture, il va bouter le feu à tout ça. Dans ce coin isolé, cela ne posera aucun problème, il ne fait pas sec, pas de risque de déclencher un incendie de forêt.

Il asperge le tout d'essence, sort le briquet qu'il a sur lui pour les clients fumeurs, il est à la marque de l'entreprise et il met le feu.

Il remonte dans sa voiture, cachée dans un petit chemin. Il met le moteur en marche et s'éloigne quand il est certain que tout est bien en train de brûler. Il ne lui reste plus qu'à retourner au bureau.

Il a à peine poussé la porte que c'est l'effervescence.

— Monsieur Sellers, il y a tout un quartier sans électricité.

— Vous avez repéré où la coupure a eu lieu ? demande-t-il en suivant son second.

— Oui, une équipe vient de partir, c'est en rase campagne.

— Oh, un arbre sûrement tombé sur un câble d'alimentation.

C'est maintenant qu'il pense qu'il aurait pu faire cela aussi, choisir un vieil arbre et le pousser avec un tracteur, mais là il aurait dû trouver un véhicule. Ici, il est certain d'avoir laissé moins de traces de roues aussi, il avait pris soin de rester sur du dur avec sa voiture pour ne pas laisser d'empreintes.

Pour Joackim, le temps devient long, il espère que son équipe ne sera pas trop zélée. Il savait que la panne serait vite repérée, abat la technologie qui met tout sous contrôle, les caméras de surveillance partout. Il n'avait pas vérifié s'il y en avait avant d'agir. Oh la boulette.

— Monsieur Sellers, c'est un acte malveillant !

— Comment ça !

— La borne est en feu, nos hommes ont appelés les pompiers.

— Qui peut avoir fait ça ? Et pourquoi ? fait mine de s'étonner Joackim.

— Il faudra ouvrir une enquête, lâche son subalterne en repartant.

Les pompiers sont obligés de mettre une épaisse couche de mousse pour éteindre l'incendie. Les badauds se massent pour regarder, prendre des photos et tout poster sur les réseaux sociaux. La circulation est détournée, la route n'était pas assez large pour laisser agir les hommes du feu et permettre aux voitures de circuler.

Gabrielle est obligée de faire un long détour d'au moins cinq kilomètres, elle angoisse. Elle a vu des messages d'amis sur les réseaux sociaux dire que la déviation était due à un feu et que plusieurs habitations étaient privées d'électricité. Et si le courant s'était coupé à la maison ! Le problème ne s'est jamais produit en leur absence même si le générateur a toujours démarré sans leur intervention.

Arrivée devant la maison, la grille ne s'ouvre pas, il n'y a plus de courant, l'angoisse grandit encore dans ses tripes. Gabrielle sort pour ouvrir la grille et demande à Suzanne de fermer derrière elle. Elle roule jusque devant la porte du garage et n'essaye même pas d'actionner l'ouverture. Elle sort Nancy de son siège et la confie à Théodore.

Avec sa clef, elle ouvre la porte latérale de la maison et se précipite à l'étage. Elle met sa main devant sa bouche pour ne pas hurler. Sa mère est bleue, elle avance à petits pas pour sentir son pouls. Le corps est déjà plus froid qu'il ne devrait l'être, qu'il ne l'est quand elle l'embrasse le soir.

Elle ne sent pas de pouls, au bord des larmes, elle sort son téléphone et appelle les secours.

— Suzanne va rouvrir la grille, une ambulance va arriver.

— Oui, maman.

La gamine sent les larmes lui venir aux yeux. Ce n'est pas bon tout ça.

Pendant ce temps, Gabrielle commence un massage cardiaque après avoir retiré le masque à oxygène, elle souffle régulièrement de l'air dans la bouche de sa mère.

Suzanne reste sur le perron après avoir ouvert la grille de la propriété en grand, elle tient à pouvoir guider les ambulanciers. Cela la renvoie loin en arrière, avant qu'on ne doive mettre sa grand-mère sous extracteur de CO2, il y a une grosse année. C'est parce qu'elle respirait seule qu'ils avaient pu la ramener à la maison et un jour en entrant dans la chambre, elle avait vu sa grand-mère bleue qui haletait. Depuis, c'est grâce à ce petit appareil qu'elle allait mieux.

Elle sait aussi que certaines choses fonctionnent avec le courant comme la grille du jardin, la porte du garage, la télévision.

Au loin, elle entend la sirène de l'ambulance. Elle croise les doigts pour qu'elle ne doive pas aussi faire un détour comme eux tout à l'heure.

C'est dans un crissement de pneus sur les gravillons de l'allée que le véhicule s'immobilise. Un homme en sort, ouvre l'arrière de l'ambulance pour prendre un sac.

— Venez, c'est par-là, dit-elle en montrant l'intérieur.

Elle se précipite dans les couloirs jusqu'à la chambre de sa grand-mère, elle préfère ne pas regarder et retourner en bas avec les deux plus jeunes. Théodore joue avec sa sœur à un puzzle près de la fenêtre.

Suzanne va pour décrocher le téléphone et appeler son père comme on lui a appris quand il y a un événement extraordinaire, mais il n'y a pas de tonalité. Du coup, elle est un peu perdue.

À ce moment-là, l'ambulancier redescend précipitamment pour chercher une autre valise. Il remonte au pas de course.

Le temps semble une éternité aux enfants. Puis Gabrielle redescend en larmes. Il était déjà trop tard, ils n'ont rien su faire.

— Maman, je n'ai pas su appeler papa, le téléphone est coupé.

— Je vais le faire ma chérie, dit-elle en séchant ses larmes.

Elle était fière de sa fille qui avait su si bien prendre les choses en main, alors qu'elle était paniquée. Elle se rend dans le couloir pour composer le numéro de Joackim avec son GSM. Celui-ci décroche à la quatrième sonnerie.

— Gabrielle, il y a un problème avec les enfants !

— Non, c'est maman, elle est morte.

— Ma pauvre chérie, qu'est-ce qui est arrivé ? Tu me l'expliqueras quand je serai là, je donne mes ordres et je rentre, dit-il d'un ton plat alors qu'il jubile à l'intérieur.

Il appelle son second pour lui signaler la raison de son départ et s'en va. Il est aussi obligé de faire le détour pour enfin prendre sa femme dans ses bras et la consoler. Les ambulanciers sont repartis depuis un moment, mais la grille est toujours grande ouverte.

— Qu'est-ce qui s'est passé ? finit-il par demander.

— Il y a eu une coupure de courant, l'extracteur de CO2 n'a plus fonctionné. Je n'étais pas là pour le faire aller manuellement, dit-elle entre deux sanglots.

— Ma chérie, tu n'es pas responsable. Elle n'aurait pas voulu que tu arrêtes de vivre pour elle, tu le sais. Normalement, le générateur de secours aurait dû prendre la relève, c'est pour ça qu'on l'avait acheté.

— Mais je n'étais pas là pour voir qu'il ne marchait pas. On aurait dû engager quelqu'un quand Monique est décédée.

— C'est un effet de circonstance. Tu ne vas pas t'en vouloir !

Joackim n'avait pas pensé à la culpabilité de sa femme, il faut qu'il détourne son attention, il lui a fait assez de mal ainsi.

— D'abord pourquoi le générateur n'a-t-il pas fonctionné ? C'est lui le vrai coupable.

Seuls les sanglots de son épouse lui répondent. Il la serre dans ses bras et la berce comme un enfant, il ne voit pas ce qu'il peut faire de plus. Il vient d'éliminer le seul problème qui l'empêchait de tracer une route heureuse et riche, dans tous les sens du terme.

Mais pour cela, il faut encore réaliser une étape, l'enterrement de la Baronne.

Alors que Gabrielle se calme dans ses bras, il se demande si c'est judicieux d'aborder déjà le sujet des obsèques. Seulement, plus vite les décisions seront prises, plus vite ce mauvais moment sera mis de côté.

— Tu veux garder le corps ici ou on demande au funérarium de le prendre ?

Un long gémissement lui répond.

— Excuse-moi, dit-il.

— Elle n'est pas belle à voir, autant la faire emmener au funérarium.

— Elle peut rester ici dans un cercueil fermé si tu préfères.

— Non, tu te charges de tout ? dit-elle d'une petite voix

— Bien sûr, va t'occuper des enfants. Je les ai mis devant un film sur le DVD portable, seulement la batterie n'était pas complète.

Gabrielle s'en va les yeux encore humides.

Joackim se rend dans son bureau, le courant n'étant pas encore rétabli, il sort son GSM pour réaliser les démarches qu'il doit faire.

Le corbillard est là dans l'heure, la dame s'occupe de l'administratif avec eux pendant que les employés emmènent le corps. Ils doivent faire le choix du faire-part, du cercueil, s'il y a crémation ou enterrement.

— Enterrement et il faut la mettre dans le caveau familial avec papa, dit Gabrielle en s'essuyant les yeux.

Joackim lui serre la main pour la réconforter. Ils ont appelé une amie de la famille qui s'occupe des enfants dans la cuisine. Elle fait le repas avec Suzanne qui pleure depuis qu'elle sait pour sa grand-mère.

Les jours qui suivent, il y a encore les visites au funérarium, l'enterrement et la vie peut reprendre son rythme petit à petit. Joackim se dit que sans la contrainte de la Baronne, ils pourront même partir en vacances cet été, chose qu'ils n'ont plus faite depuis qu'ils l'avaient à demeure. Même quand sa belle-mère était encore à l'hôpital, Gabrielle n'avait pas su se détendre en la sachant seule, abandonnée comme elle disait tous les jours.

µµµ

Une grosse semaine après l'enterrement, Gabrielle entre dans le bureau de son mari à la maison.

— Je veux qu'on attaque la société du générateur. Il n'aurait pas dû tomber en panne. Puisque la police n'a aucune preuve pour l'incendie de la borne, le deuxième coupable de la mort de maman c'est eux, accuse-t-elle.

— Mais chérie, on ne peut pas attaquer pour vice de forme, il a plus d'une année. Et il est entretenu, ils sont venus il y a quatre mois.

— Justement, il a dû mal faire son travail.

— Chérie, c'est le destin. Il n'y a pas de responsable à ce grand malheur.

— Si ce n'est pas eux, alors c'est moi ou toi.

— Moi ! s'exclame Joackim.

— Oui, parce que tu n'as pas voulu reprendre quelqu'un pour la surveiller quand je n'étais pas là.

— On va déposer plainte, mais je ne suis pas persuadé que ça marche, soupire-t-il.

Il ne s'attendait pas à ce retour de manivelle, lui qui voyait une route paradisiaque. Sa femme lui en voulait, il devait être poursuivi par la poisse. Enfin, non, elle cherchait un coupable, voilà tout. Autant lui montrer sa bonne volonté.

Dès le lendemain, Joackim et Gabrielle se rendent à la Police durant les heures d'école. Ils n'ont que Nancy avec eux.

Le policier écoute leurs doléances avant de soupirer.

— Je peux prendre acte de votre plainte, mais elle n'ira pas plus loin. L'appareil a repris depuis ce drame ? L'avez-vous fait analyser ?

— Je n'en sais rien, on l'a coupé, on n'en avait plus besoin et non, il n'y a pas eu d'expertise dessus, répond Joackim.

— Je vous conseillerais de prendre un avocat si vous voulez vraiment aller plus loin. Il fera pour vous les devoirs d'enquête, reprend le policier.

Joackim espérait que cette démarche calme son épouse, pourtant en sortant du commissariat, elle lui dit.

— Tu te rends compte qu'il y a eu plus de foin pour le feu de la borne que la mort de ma mère, c'est écœurant. Je vais aller voir Maître Guillon.

— Gabrielle, tu te bats contre des moulins à vent.

— Alors, je vais faire des postes sur les réseaux sociaux. Tu n'as pas l'air de comprendre, elle allait sortir du coma.

— Si je comprends, mais ça aussi le médecin te l'a dit. Le mieux n'était pas signe qu'elle sortait du coma. Elle aurait pu rester paralysée, avoir des problèmes au cerveau. Tu n'aurais peut-être pas retrouvé ta mère d'avant l'accident.

— Peut-être que si, il n'en sait rien. Tout était au conditionnel.

C'est à contrecœur qu'il conduit sa femme chez Maître Guillon qui la reçoit entre deux clients. Peut-être avait-elle besoin de conseil pour la succession ? Joackim pendant ce temps part jouer dans le parc tout proche avec la gamine.

L'avocat l'écoute sereinement en réfléchissant.

— Bon, on va commencer par mettre le générateur incriminé sous scellé. Je vais envoyer mon huissier le faire directement. Puis on va envoyer un courrier à l'entreprise. Je vais dépêcher un expert et la société attaquée va certainement faire la même chose. Quand j'aurai ces deux rapports, on réfléchira à la suite de la procédure. Madame Sellers, encore toutes mes condoléances. Je m'occupe de tout.

Toute guillerette, Gabrielle va retrouver son mari qui pousse Nancy sur une balançoire.

— Alors ?

— Il prend les choses en main. Il veut un avis d'un expert sur le générateur.

— Où faut-il lui amener ?

— Non, on va venir le chercher. On peut rentrer en allant chercher les grands à l'école.

— Je vais continuer ma journée de travail. Dépose-moi, de toute façon, ma voiture est restée sur ma place de parking au siège.

Joackim est dans ses petits souliers. Encore une chance qu'il a remis le générateur en état directement. Il espère qu'il n'a pas laissé des traces. Non, son tournevis n'avait pas ripé. Il vérifiera tout ça en rentrant du travail. Mieux vaut prévenir que guérir. Une fois cette enquête fermée, il espère que sa femme reprendra ses esprits. C'était certainement une réaction au décès.

Plus sereinement, il reprend son travail qu'il a délaissé pour raison familiale.

Au soir, il actionne le système d'ouverture de la grille et entre dans la propriété. Comme souvent Suzanne l'attend, elle aime pouvoir lui donner les premières nouvelles sur sa journée.

— Bonjour, papa, il y a un monsieur qui est passé prendre le générateur, ça rend maman tout heureuse.

— Je peux la comprendre, dit-il alors qu'il sent un frison lui parcourir le dos.

Cela est allé vite, l'avocat a vraiment pris les choses en main. Est-ce que la Baronne lui aurait parlé avant son accident dans les escaliers ? Il va devoir laisser faire les choses, mais il n'aime pas ça.

À Suivre…

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