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Début d'écriture le 11/01/2020

Merci à Ed_art de m'avoir permis d'utiliser son idée


Le meurtre au générateur.
chapitre 3


Joackim avait souvent entendu parler de la lenteur administrative et des enquêtes de police. Il est d'autant plus étonné de voir arriver, dans la quinzaine, un enquêteur privé dans son bureau. L'homme d'une quarantaine d'années a tout de Colombo jusqu'au cigare et la gabardine.

— Bonjour, Monsieur Sellers, je suis Hugo Vaillant, j'ai été commandité par Maître Guillon pour l'enquête sur la mort de votre belle-mère.

— Oh, je croyais que c'était la police qui allait s'en occuper, dit-il en montrant le siège devant lui.

— Elle ne croit pas en l'histoire. Elle dit que c'est un regrettable accident, rétorque-t-il en s'installant.

— Mais pas vous ! s'étonne Joackim.

— Je ne suis pas payé pour croire, mais pour mener une enquête.

Voilà comment les choses ont bougé tellement vite, il a presque peur de voir la note de frais arriver. Ce n'est pas qu'ils n'ont pas les moyens, sa femme bien plus que lui. D'autant qu'elle va hériter prochainement de tout l'immobilier, en plus du compte bancaire de sa mère qui est colossal. Il le sait. C'est lui qui fait la gestion des avoirs depuis l'accident. Sa femme était trop préoccupée par l'état de santé de sa mère. Elle lui avait signé toutes les procurations nécessaires, sa fille étant devenue responsable de sa maman aux yeux de la justice.

— Je suppose que vous avez des questions sinon vous ne seriez pas là !

— Oui, une expertise est en cours sur l'appareil. J'ai appris que vous n'étiez pas à votre bureau au moment de la coupure de courant.

— Cela arrive souvent, j'ai des inspections à faire. Je vérifie que le temps inscrit sur les fiches de dépannage se fait vraiment. Il m'arrive de suivre mes hommes, je note leur temps et je vérifie le lendemain avant de jeter le papier, explique-t-il.

— Votre supérieur n'a pas trouvé le rapport.

— Je n'en fais que quand je constate des anomalies, il doit l'avoir dit.

— Oui, admet-il un petit sourire en coin.

— Je peux encore vous renseigner sur autre chose ?

— C'est bizarre que vous sachiez directement le bon jour, votre patron a dû chercher.

— Cette journée est gravée dans ma mémoire. J'entends encore souvent la voix de ma femme au téléphone qui pleure en m'annonçant que sa mère est morte. Tout me revient, et je me demande qui est le petit con qui a mis le feu à la borne et pourquoi ? Quel intérêt de faire !

— Les pyromanes le font souvent pour voir les pompiers ou ça peut être un pompier qui veut de l'adrénaline.

— Mettre des vies en danger aussi bien pompiers ou quidams, je n'arrive pas à comprendre.

— Donc pour vous le responsable de ce drame c'est le quidam qui a bouté le feu ?

— Non, il n'y a pas de responsable, c'est un enchaînement de circonstances malencontreuses. J'espère que votre enquête va réussir à ouvrir les yeux à ma femme.

— Je ne vais pas vous empêcher de travailler plus longtemps.

L'homme se lève, porte son cigare éteint à sa bouche. Il a l'air de réfléchir.

Si Joackim le jette dehors, il va paraître suspect, il finit par lui demander un peu sur la défensive.

— Quelque chose vous turlupine ?

— Comment savait-il que c'était une borne importante ?

— Il ne le savait peut-être pas. Un écolo qui trouvait que ça dégradait la nature, tente-t-il.

— Oui, c'est plausible, enfin c'est mon enquête pas la vôtre.

Il ouvre la porte et s'en va. Dans les deux minutes, la porte s'ouvre à nouveau.

— Dernière question, votre femme a-t-elle des notions de mécaniques ?

— Non, pas à ce que je sache en tout cas. Elle sait à peine changer la roue de sa voiture. Vous n'accusez tout de même pas ma femme d'avoir tué sa mère ? s'indigne-t-il.

— Elle pourrait en avoir assez de s'occuper d'elle.

— Encore aurait-elle dû savoir pour l'incendie !

— Nancy est un peu jeune pour raconter ce qu'elle voit.

— Pourquoi aurait-elle lancé la machine administrative ?

— Pour se couvrir, les gens sont machiavéliques vous savez, j'en ai vu dans mon métier.

— La vérité est ailleurs comme disait la série X-Files, clame Joackim en montrant la porte.

Il était énervé parce qu'il n'était pas certain d'avoir effacé toutes les preuves, mais aussi parce qu'il ne voulait pas que sa femme subisse encore des tourments. Il voulait que cette histoire soit derrière eux et reprendre une vie insouciante. Il espère grandement que cet enquêteur ne va pas passer par la maison et interroger tout le monde, ses enfants n'ont pas à subir ça.

Les menaces de la Baronne avaient eu au moins ce déclic-là, il savait qu'il aimait sa famille et ne voulait pas tout perdre. Il sait qu'il n'aurait jamais dû faire ça, mais on peut avoir un moment d'égarement.

C'est assez nerveux qu'il passe les grilles de la maison. Comme il pleut, il sait que Suzanne l'attend dans le garage.

— Bonsoir papa. Il y a un drôle de monsieur qui est passé, dit-elle dès qu'il sort de sa voiture.

— Ah bon et qu'est-ce qu'il voulait ?

— Il a posé beaucoup de questions. Si on aimait Grand-mère, si vous vous entendiez bien.

— Et maman a laissé faire ! s'étonne Joackim en marchant près d'elle.

— Oui, il lui a demandé avant. Après ils ont parlé ensemble. Maman a l'air heureuse. Tu crois qu'il va trouver le coupable ?

— Mais il n'y a pas de coupable. C'est un accident, un banal accident, s'énerve-t-il.

Joackim sent la colère grandir en lui, il va devoir avoir une discussion avec sa femme. Qu'est-ce qu'elle était en train de mettre dans la tête de ses enfants ?

— Maman disait que la société du générateur était coupable ou l'ouvrier qui a mal fait l'entretien.

— Maman cherche des coupables parce qu'elle a mal. Elle se sent coupable parce qu'elle n'était pas là, dit-il patiemment.

— Oh, fait Suzanne.

Et lui maintenant doit faire stopper toute cette histoire, en faire réellement prendre conscience à sa femme.

Il attend que les enfants soient couchés, ils sont dans les bras l'un de l'autre pour attaquer le problème.

— Ma chérie, tu te fais du mal. Tu dois accepter que ce soit un accident. Tu n'es pas plus responsable que ce pauvre ouvrier qui a fait l'entretien. Tu tiens à briser sa vie ?

— Je veux comprendre pourquoi ce générateur n'a pas démarré, c'est ce que j'ai dit à l'enquêteur Vaillant. Même si je me sens toujours coupable de ne pas avoir été là, c'est ça que je veux savoir, pour pouvoir tourner la page, dit-elle.

Que pouvait-il dire ou faire ? Rien, il aimait sa femme, il voulait son bonheur en protégeant le sien. Il ne pouvait que laisser faire et espérer qu'on ne trouve rien. Il avait beau tourner le problème dans sa tête, il ne voyait pas ce qui aurait pu le mettre en cause.

Il donne un baiser sur le crâne de sa femme et se tourne vers le poste de télévision qui diffuse une émission de variétés qui ne l'intéresse pas. Mais Gabrielle les adore, au moins sur des rythmes musicaux son cerveau peut travailler sur des dossiers complexes restés sur son bureau.

µµµ

La vie reprend un peu son rythme, lui au travail, Gabrielle à la maison pour les enfants. Cela fait dix jours qu'il n'a plus entendu parler de l'enquêteur Vaillant quand celui-ci pousse la porte de son bureau.

— Bonjour, je viens prendre vos empreintes. Comme on en a retrouvé sur le générateur, je dois disposer de celles de votre famille pour les comparer.

— C'est un peu normal, on ne mettait pas des gants pour le recharger en essence, pour faire le ménage, dit-il d'un ton sarcastique.

— Oui, mais c'est pour savoir si elles appartiennent toutes à des gens qu'on peut tracer.

— Pour quelle raison quelqu'un d'extérieur aurait été endommager un générateur d'une vieille femme ? s'estomaque Joackim.

— C'est vrai, il n'y aurait pas de raisons, mais je prends quand même toutes les empreintes.

Joackim se plie à l'exigence, il aurait été encore plus suspect de refuser.

Maintenant, il a peur. Qu'est-ce qu'ils ont trouvé et où ? Il aurait dû demander. Non, oui. Il ne sait plus. Il n'a pas pris assez de précautions. Si, non, l'angoisse grandit. Si par hasard on trouve quelque chose, il doit réfléchir dès maintenant à une parade. Il a voulu voir le fonctionnement. Non, simplement, il a voulu vérifier que tout était en ordre après la non mis en marche. Oui, ça peut fonctionner. Il sourit fier de lui et d'avoir sauvé sa tête encore une fois.

Il peut se remettre au travail et vérifier si les ouvriers font bien ce qui a été demandé et surtout l'exactitude des horaires.

Quand il passe la grille, Suzanne ne l'attend pas sur le perron. Il trouve ça bizarre, encore plus que c'est Gabrielle qui y est, elle a l'air excitée.

— Ils ont trouvé des empreintes sur le générateur.

— C'est ça qui te met dans cet état ? s'étonne son mari.

— Bien sûr, quelqu'un a bien trafiqué le générateur.

— Ça ce n'est pas dit, on le touche pour le déplacer quand on fait la chambre de ta mère, on le touche pour vérifier le niveau de l'essence. L'ouvrier l'a touché pour l'entretien, lui rappelle-t-il.

— Mais…

— Tu veux tellement qu'il y ait une raison que tu t'emballes. La première question que tu devrais te poser c'est pourquoi aurait-on voulu tuer ta mère ? Et sur ce point l'enquêteur m'a dit, toi pour avoir une meilleure vie.

— Mais c'est faux.

— Je le sais. Mais, ils ne connaissent pas notre vie.

— Je commence à comprendre pourquoi tu t'énervais avec tout ça, dit-elle honteuse.

Elle vient l'embrasser et ils repartent main dans la main vers l'intérieur de la maison.

Joackim sait que de toute façon la machine est lancée trop loin pour qu'on puisse l'arrêter. Le demander maintenant serait encore plus donner un os à mordre à cet enquêteur. Il doit prendre son mal en patience.

Il n'a pas longtemps à attendre, début de la semaine suivante, Hugo Vaillant entre dans son bureau avec une enveloppe.

— Ceci est un mandat d'arrêt, dit-il en tendant le pli.

— Et pour quel motif ? s'étonne Joackim.

— Assassinat sur la personne de la Baronne de Montegnée, avec circonstances atténuantes qu'elle était dépendante de vous.

— Je n'ai rien fait !

— C'est à votre avocat qu'il en tiendra de le prouver. Nous avons les preuves du contraire.

— Qui sont ? insiste l'accusé.

— Vos empreintes sur le fil qui va à la borne d'alimentation sous la vis.

Joackim soupire, il aurait dû mettre des gants. Il aurait réussi sans l'intervention de Gabrielle.

— Je voudrais pouvoir parler à ma femme avant qu'on ne m'arrête. C'est quand même elle qui vous paye.

— Vous pouvez lui donner d'ici. Une fois au cachot, votre unique coup de téléphone, il vaut mieux le garder pour votre avocat, dit-il avant de sortir de la pièce.

L'enquêteur se poste devant la porte.

Joackim compose le numéro de la maison, Gabrielle décroche à la troisième sonnerie.

— Chérie, c'est moi. L'enquêteur Vaillant a trouvé un indice de taille, il va m'arrêter.

— Mais c'est grotesque.

— Gabrielle, mon amour, pas tant que ça. J'ai paniqué, j'ai eu peur que le réveil de ta mère ne vienne brise notre bonheur, alors j'ai trafiqué le générateur et mis le feu à la borne, dit-il.

Il préférait tout lui avouer qu'elle ne le lise dans la presse, qui n'allait pas s'en priver au moment de son arrestation.

— Mais, elle n'aurait rien brisé. Comment as-tu pu seulement imaginer ça ! s'estomaque-t-elle.

— Parce qu'elle m'avait menacé avant son coma. C'était peu après la naissance de Théo, j'ai eu une aventure. Ta mère l'a découvert en faisant les comptes de la société. Parce que pour l'entretenir j'avais détourné un peu d'argent. Quand elle m'a menacé, j'ai tellement eu peur de te perdre, que je me suis rendu compte de tout l'amour que j'avais pour toi et qu'Aurore n'était qu'une tocade. Comme elle partait pour te prévenir, je me suis précipité derrière elle, elle a été saisie et a glissé dans les escaliers. J'ai eu peur qu'elle ne se rappelle tout ça à son réveil. Vous êtes ce que j'ai de plus cher toi et les enfants. Gabrielle, je t'en supplie pardonne-moi, ma faiblesse.

Des sanglots lui répondent. Il va insister quand la voix de sa femme s'élève sèche et remplie de colère.

— Tu as tué ma mère. Si tu m'aimais, tu n'aurais pas agi de la sorte. Comment as-tu pu garder tout ça en toi pendant autant d'années sans te sentir mal dans ta peau? Tu es bien un arriviste mes parents avaient raison, dit-elle en raccrochant.

Les paroles de sa femme le percutent de plein fouet. Est-ce qu'elle lui aurait pardonné son infidélité s'il lui avait dit. Il sait que ce n'était pas une raison, mais son épouse était fatiguée par les deux enfants et une grossesse difficile pour Théodore. Le travail qu'elle assumait et les deux bambins les avaient éloignés l'un de l'autre. Et plutôt que d'en discuter avec elle, il l'avait trompée, profité de la société. Oui, il méritait ce qui lui arrivait maintenant. Pour une fois, il assumerait ses actes.

Il lui prouverait qu'il l'aimait, il ne la ferait pas souffrir encore plus dans un long procès, peut-être qu'elle lui reviendrait quand elle verrait son mea-culpa.

Il avait joué, il avait perdu. Il se lève et se dirige vers son destin et l'enquêteur Vaillant.

Fin

Chap 2 - Accueil

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Fin d'écriture : 08/04/2020